Nain
Homme
Taps
LâHistoire de Darde le Barde - livre premier, prologue
Darde le Barde sâennuyait ferme en sa contrĂ©e montagnarde.
Les forges criaient, les enclumes tardaient, mais son Ăąme battait la charade.
Il prit son luth, sa flĂ»te dâif, sa dague bĂątarde,
Et revĂȘtit sa veste de soie outrageusement criarde.
« Quâon me traite de fou ou de pleutre couard,
Je veux des routes larges et des destins flambards. »
Ainsi Darde quitta les cimes et leur silence blĂąfard,
Son barda bariolé cognant contre son dos hagard.
à peine eut-il foulé la premiÚre plaine campagnarde
Quâune bande furibarde lui barra la route dâun rire braillard.
De vieux briscards, sales et goguenards,
Qui flairaient déjà la bourse et le poignard.
Mais Darde nâĂ©tait pas quâun chanteur paillard.
Son jeu de luth valait ses talents de lutte et dâestocade hardie.
Un accord plaquĂ© â vif comme une hallebarde.
Un pas glissĂ© â prĂ©cis comme un traquenard.
Un trille aigu â et lâun dâeux chancela, hagard.
Une dague brilla â et le silence tomba, lourd et noir.
Quand la poussiÚre retomba sur les corps épars,
Darde, le souffle court, contempla son Ćuvre sans fanfaronnade.
Il tremblait encore â non de peur, mais dâun Ă©trange dĂ©part :
CâĂ©tait la premiĂšre fois quâil tuait pour de bon, sans regard en arriĂšre.
Il pilla les morts â nĂ©cessitĂ© plus que bravade â
Et trouva dans leurs hardes :
Une carte aux tracés singuliers, presque bùtards,
Un cor ancien, fendu mais fier comme un étendard,
Et une effigie paillarde au sourire trop fardĂ© pour nâĂȘtre que hasard.
La carte menait droit vers un brouillard épais et veule comme un remords venu tard.
Darde hésita.
Puis haussa les épaules :
« Autant suivre le fil du hasard. »
Il marcha longtemps sous le ciel blafard
JusquâĂ trouver une grotte aux entrailles luisantes et froides comme un regard.
LĂ , lâair vibrait dâun murmure sourd, presque criard.
Et soudain les visions lâassaillirent en un tumulte gaillard :
DĂ©esse nue aux bras dâor pĂąle,
Démons goguenards festoyant en hardes animales,
Rires rauques, festins et serments bĂątards.
Son cĆur cogna contre ses cĂŽtes comme un tambour de guerre.
Pour la premiĂšre fois, Darde songea Ă fuir â
Ă redevenir simple nain montagnard.
Mais au lieu de cela, il fit ce quâil savait faire.
Il posa ses doigts sur les cordes.
Et chanta.
Sa glotte vibra dans la grotte de cauchemar.
Sa voix fendit la pierre comme un Ă©clat dâarc.
Le chant nâĂ©tait ni bravache ni railleur â
Il était clair, pur, presque désarmé.
Et les légions démoniaques elles déchantÚrent,
Leurs ricanements sâeffilochĂšrent en lambeaux Ă©pars.
Au fond de lâantre, lĂ oĂč le brouillard se faisait nectar,
Palpitait une source de magie aux reflets criards.
Un fragment dâamour ancien, Ă©clat dâune entitĂ© nommĂ©e Neeko,
SauvĂ© jadis par un hĂ©ros oubliĂ© â Taps â
Puis perdu dans les limbes vicelards du monde et du hasard.
La lumiĂšre pulsa Ă son approche.
Non comme une menace,
Mais comme un appel.
Darde tendit la main.
Le fragment se logea en lui â brĂ»lant, doux, Ă©trange comme un regard.
Il ne cria pas.
Il pleura.
Depuis ce jour, quelque chose danse derriĂšre ses paupiĂšres.
Ses yeux lancent des hallebardes de clarté.
Sa voix porte plus loin que le vent du nord.
Et parfois, au dĂ©tour dâun accord,
Une note Ă©trangĂšre surgit â
Sans crier gare,
Ni tout Ă fait sienne,
Ni tout Ă fait au hasard,
Une compagnie croisa sa route quelque temps plus tard.
Ils le prirent dâabord pour lâivrogne de service et son luth braillard.
Puis pour un éclaireur solide.
Puis pour un conseiller retors et moins bavard.
Car Darde avait changé.
Il Ă©coutait plus quâil ne fanfaronnait.
Il jaugeait les silences.
Il parlait peu, mais frappait juste, comme une estocade rare.
Et sans complot, sans coup dâĂtat barbare,
Ce fut sans épée tirée,
Ni presque sans embardée,
Qu'un simple barde devint le champion de Taps, souverain de sa garde.
Nain
Homme
Taps
L'histoire de Darde le Barde - Livre premier, Chapitre 1
LâarrivĂ©e Ă la Pyramide Blanche
La lumiĂšre de du portail menant Ă la Pyramide Blanche sâĂ©teignit derriĂšre Darde comme se referme un rĂȘve tardif,
Le nain franchit le seuil dâun pas lent, brandissant son luth en bois d'if pour accompagner son arrivĂ©e d'un air dĂ©cisif.
Le sable du grand dĂ©sert ardent sâĂ©tendait devant lui, vaste mer figĂ©e sous un ciel mordant,
Le vent portait lâodeur sĂšche du monde libre, vaste Ă©tendue sans remparts pour y vivre.
Il inspira par trois fois lâair brĂ»lant, lourd comme un seau de poix.
Sa dague battit doucement contre sa hanche rude, lui rappelant que la musique qui l'accompagnait n'était pas prude.
La veste de soie rare frémissait sous le souffle d'un désert pas trop bavard.
Puis une présence.
Silencieuse comme la faim qui attend dans le noir.
Synthra Ă©tait lĂ , juste Ă la limite de lâombre de la pyramide,
Pieds nus sur le sable, immobile, le regard dilatĂ© comme celui dâun fauve qui guette une proie blessĂ©e.
Elle ne sâĂ©tait pas cachĂ©e dans ce dĂ©cor hachĂ©.
Elle attendait simplement quâil sorte du seuil, seul sous son Ćil.
La peau nue pùle come un soleil voilé par les nues d'opale.
Darde fit encore un pas â un seul â
Le sable coula lĂ sous sa botte comme un murmure las.
La vampire inspira lentement, pour le pire.
Ses narines frémirent.
Ses pupilles sâouvrirent tout rond comme des billes sans fond.
Puis elle parla, voix basse, blasée, dépouillée de toute humanité :
â Tu sens le sang.
Le mot tomba dans le silence du désert, il en glaça toute l'air.
Darde resta immobile un instant, le regard fixé dans celui de la prédatrice pùle et sans hùle.
Il ne posa pas la main sur sa dague, il ne tenta pas de riposte vague.
Car lâintensitĂ© du fragment de Neeko l'indomptable vibrait en lui dâune assurance Ă©trange et implacable.
â Le sang ? Il mâa trouvĂ© bien avant que je le cherche,
répondit-il sans fard ni fanfare.
Synthra pencha lĂ©gĂšrement la tĂȘte, comme un animal qui hĂ©site entre attaquer tout de suite ou bien prendre la fuite.
Ses lĂšvres sâentrouvrirent Ă vide, laissant passer un souffle avide.
Puis, contre toute logique de chasse ou de guerre lasse,
Elle recula dâun pas dans lâombre des dunes.
Lâinstinct de la bĂȘte avide de fluides carmins avait cĂ©dĂ© le chemin.
Car elle avait flairé, derriÚre le sang et la chair, une chose qui ne se boit pas, ni ne se mord, ni ne se prend.
Darde portait en lui les sables du temps.


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